Depuis un an, la crise du Covid-19 crée de nouvelles formes de pauvreté qui exigent d’adapter les outils de repérage et d’action auprès des personnes fragilisées par l’impact économique de la pandémie.

Identifier les signaux faibles de la précarisation

En juin 2019, mon rapport sur l’inclusion bancaire, présenté devant la Commission des finances, pointait déjà une nécessaire adaptation des dispositifs de détection des personnes fragilisées sur le plan bancaire. C’était sans compter sur la crise de la Covid-19 qui a mis à mal l’économie mondiale et aggrave les situations des personnes les plus fragiles sur le plan social et financier, les travailleurs précaires, les familles monoparentales, les étudiants et bien-sûr les personnes endettées.

Un an après le début du déclenchement du premier confinement pour faire barrage à la pandémie, où en est-on dans le phénomène mécanique de la paupérisation ? Le plan d’urgence de l’État at-il produit les résultats escomptés ? A t-il joué un rôle d’amortisseur ou, au contraire, a t-il contribué à masquer le phénomène d’une insidieuse précarisation ? C’est ce que j’ai voulu vérifier en auditionnant celles et ceux qui sont en première ligne pour tenter de prévenir toutes les formes de précarité et les violences qui peuvent en découler.

Plus que jamais, nous avons besoin de données fiables. Or, en matière d’appauvrissement de certains types de population, il est très difficile d’obtenir ces données. Toutes les associations et collectivités que j’ai rencontrées ces derniers mois ont témoigné d’une tendance à « faire le dos rond », à cacher la réalité de situations financières tendues. Elles n’hésitent plus à parler de « déni » ou « d’attentisme », mais « croire en des jours meilleurs » n’a jamais solutionner les situations en voie d’aggravation. Ces mêmes associations/collectivités apprennent souvent la réalité d’une situation familiale par des tiers : fournisseurs d’énergie ou gestionnaires de la restauration collective se font parfois « lanceurs d’alerte » et les impayés deviennent des indicateurs d’une situation qui se dégrade.

À l’écoute

Ces indicateurs peuvent être les signaux faibles d’une précarisation de certaines populations à bas bruit. Nous devons les prendre très au sérieux. La durée de la crise sera un moteur déterminant. Une mauvaise passe peut devenir un phénomène inquiétant d’enracinement progressif dans la pauvreté. Ce sont des individus qui sont concernés, mais aussi leur famille. L’endettement peut en être une conséquence.

Des outils existent pour éviter le cercle vicieux jusqu’au surendettement et ses conséquences. Des mesures ont été prises par le Gouvernement (cf le décret paru JO du 22 juillet 2020), auxquelles j’ai contribué par mes propositions qui visent à cibler les actions en faveur des publics les plus vulnérables. Encore faut-il les repérer pour des prises en charges rapides, seules garantes d’un résultat satisfaisant.

C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité rencontrer les associations d’utilité sociale qui, en dépit de la crise et des périodes de confinement, où elles sont mises en difficulté dans leur fonctionnement même, font un travail de repérage essentiel à mes yeux. La Banque alimentaire, Maison 24, l’association Le Chemin… interviennent dans des domaines divers de la distribution alimentaire, à l’insertion sociale et la lutte contre les violences, la délinquance et la radicalisation.

Toutes ces associations ont confirmé une dégradation des situations individuelles depuis l’apparition du virus sur notre territoire. Avec le CCAS de Coulounieix-Chamiers, nous avons décidé de partager nos informations pour voir comment progressent les situations au fil des mois. Le risque d’un repli est important en cette période et l’écoute des signaux faibles est essentielle. Je suis également en lien avec la CLAP (Cellule de lutte contre les atteintes aux personnes, créée en juillet par la Gendarmerie départementale, pour notamment protéger les victimes de violences intrafamiliales en forte hausse depuis octobre dernier). J’ai également rencontré à plusieurs reprises l’ASD (Association soutien Dordogne) qui a participé à la création récente du centre d’accueil des SDF, l’Hestia. L’ASD propose de l’hébergement et fait des maraudes pour rester en lien avec cette population souvent désocialisée. J’ai tenu à accompagner une maraude le 24 janvier pour rencontrer les SDF qui subissent la crise de plein fouet, certains n’étant à la rue que depuis très peu de temps.

Alerter

Mon travail ne s’arrête évidemment pas à l’observation et au recueil d’informations. A l’Assemblée nationale, j’ai alerté les ministres à plusieurs reprises sur un phénomène de précarisation qui, à mon sens, reste encore larvé. Ainsi, le 13 janvier, j’ai interpellé Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, sur le sort de ces populations particulièrement fragilisées par la crise, mais aussi sur celui des associations de bénévoles qui les entourent et ne peuvent pas toujours jouer leur rôle. Nous devons leur accorder une attention particulière.

J’alerte également par voie de presse. L’Express, le Parisien, les Échos et la presse quotidienne régionale se sont fait le relais d’une précarisation à l’œuvre et ont évoqué mon travail. Le journal Le Monde, l’émission Cash investigations m’ont également questionné sur le travail du gouvernement en matière de lutte contre la pauvreté. 

Désormais, il faut préparer les contre coups de la crise et trouver les outils ad-hoc pour limiter la casse. Je reste en lien permanent avec ceux qui œuvrent en ce sens en Dordogne.

J’ai ainsi échangé avec Christophe Duthilleul, nouveau directeur de la Banque de France en Dordogne, avec les responsables de l’association de protection des consommateurs UFC Que choisir, et de la nouvelle antenne à Périgueux de l’Atelier budgétaire Gironde. Je suis en lien permanent avec les services de la préfecture, les collectivités territoriales, les maires de ma commune pour que tous se préparent à faire face aux contre-coups de la crise. À la fin du mois de février, le Gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, viendra à leur rencontre en Dordogne pour faire un point de situation.

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