Tribune

Il est temps que les citoyens se remobilisent pour leur démocratie !

 

– L’abstention, grand vainqueur des élections

En 1840, Tocqueville diagnostiquait déjà l’une des dérives de la société démocratique, dans laquelle les citoyens ont tendance à se replier sur leurs intérêts privés, à oublier les vertus civiques et donc à se désintéresser progressivement de la chose publique.

Une analyse qui doit nous interpeller encore aujourd’hui. La séquence électorale qui s’est achevée le 28 juin dernier a, de fait, été marquée par de nouveaux records d’abstention : 55,34% au 1er tour et jusqu’à 58,33% au second – soit un recul de la participation de 15 points entre 1983 et 2014. Si elles constituent incontestablement un facteur d’explication, ni l’épidémie de coronavirus ni la période de confinement ne peuvent pourtant justifier à elles seules une telle désaffection des urnes. À l’heure où le nombre de listes connaît une inflation sans précédent symbolisant la diversité des opinions, où les dispositifs de participation citoyenne se multiplient pour associer davantage la population, il est paradoxal que la mobilisation continue à s’effriter.

Le fait que des milliers de Français aient choisi de ne pas exprimer leur voix dans le cadre des élections municipales – premier scrutin local depuis 2017 et généralement très suivi – confirme une tendance abstentionniste déjà observable depuis plusieurs années et qui témoigne d’un mal profond dans notre vie démocratique.

– De la nécessité pour les élus de combattre l’indifférence et de renouer le dialogue avec les citoyens

Depuis mon élection, j’ai le souci permanent que l’expression démocratique puisse se tenir dans les meilleures conditions possibles.

Convaincu que toutes les voix doivent pouvoir se faire entendre, j’ai toujours souhaité être un Parlementaire accessible, respectueux de l’opinion de chacun(e) et soucieux de donner une place aux « invisibles » trop souvent exclus des débats publics. C’est la raison pour laquelle, dès le début de mon mandat, conscient des dangers de l’érosion de la participation, j’ai tenu à faire de cette question un enjeu central de mon action. Pour ce faire, je suis allé à la rencontre des Périgourdin(e)s, dans leur commune, pour échanger librement avec eux/elles sur l’actualité nationale et leurs préoccupations quotidiennes.

L’écoute active de la population et la construction d’un dialogue sincère et sans démagogie avec elle me sont apparues d’autant plus nécessaires en temps de crise. Ainsi, dans le contexte du mouvement des Gilets Jaunes, j’ai eu à cœur de participer à plusieurs « grands débats » locaux et à recevoir à ma permanence les collectifs qui en faisaient la demande.

Mais face à l’abstention croissante, j’ai le sentiment qu’il faut désormais aller plus loin pour réhabiliter la parole publique et rétablir le lien de confiance nécessaire entre les citoyens et leurs élus. En ce sens, j’ai l’intention de mener, à la rentrée, une nouvelle série d’actions concrètes pour sensibiliser localement l’opinion à l’importance de la participation citoyenne. J’en préciserai les contours le moment venu.

 

– La responsabilité d’un citoyen, c’est de s’exprimer, non de se taire

Crise de la représentativité, crise de la citoyenneté, crise de l’action publique. D’aucuns s’accordent à le dire : notre démocratie est malade et l’abstention en est le premier symptôme. Et les seuls à pouvoir la guérir sont les citoyens.

Conquise de haute lutte après des siècles d’absolutisme, la possibilité offerte à ces derniers de choisir celles et ceux qui porteront leur voix dans la conception des lois et règlements et dans la conduite des affaires publiques est certes un droit, mais c’est aussi un devoir civique et même une responsabilité morale.

En démocratie, l’abstention est une voie dangereuse, qui donne à penser que certains n’auraient rien à dire, facilitant ainsi la montée des populistes. Contrairement au vote sanction, l’abstention est le choix de ceux qui n’assument pas de défendre leurs vues tout en reprochant aux autres d’affirmer les leurs. Notre société souffre de ce défaut de participation alimenté par la suspicion aveugle à l’égard des élus de tous bords.

Il est temps de réhabiliter l’engagement politique. Il est aussi temps que les citoyens se remobilisent et se rappellent leur responsabilité d’électeurs. Il est temps, enfin, qu’ils remotivent la démocratie !

Philippe Chassaing

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