Monsieur le Président Peiro,

Jusqu’à présent, je me suis efforcé de ne pas intervenir publiquement sur le sujet de Beynac. Je suis et demeure, avant tout, respectueux de la décision des élus du département qui ont vu dans ce projet un levier de développement local. Je considère, en outre, que cette décision se situe hors de mon périmètre, tant d’un point de vue politique que géographique. Enfin, considérant le débat contradictoire au sein de l’assemblée départementale, j’estimais qu’il était inutile d’attiser davantage la discorde.

Cependant, l’organisation prochaine d’un « rassemblement citoyen » pour soutenir « l’achèvement du contournement de Beynac et la défense du monde rural » ainsi que l’appel très large à la participation de tous bords politiques que vous avez lancé m’incitent aujourd’hui à sortir de ma réserve.

Tout d’abord, le sens de cette mobilisation m’interpelle. À quelques jours du prononcé d’une décision de la Cour administrative d’appel de Bordeaux – qui doit statuer sur le devenir du projet de déviation –, cette manifestation me paraît jeter insidieusement le soupçon sur l’impartialité de la Justice, comme si cette dernière était susceptible de modifier son jugement en raison de la pression exercée, de surcroît par des élus.

Par ailleurs, je reste sceptique quant à ériger la déviation de Beynac en symbole de la ruralité. Aujourd’hui confrontée à des défis de taille (comme la gestion du changement climatique, la revitalisation commerciale ou la lutte contre la désertification médicale et l’illectronisme), la ruralité périgourdine ne saurait se réduire au seul chantier de Beynac – si important soit-il pour le développement de la mobilité –. Et quand bien même ce projet de déviation serait un acte de défense de la ruralité, il n’apporterait, à mon sens, qu’une réponse très partielle aux problèmes structurels qui la traversent.

Enfin, l’alibi de la défense du monde rural ne saurait masquer votre part de responsabilité dans la conduite de ce projet. Même si je reste prêt à écouter vos arguments et vos propositions en matière d’insécurité juridique, je crois que ce problème doit être analysé avec objectivité et lucidité. Gardons-nous, en effet, d’accréditer l’idée selon laquelle l’État freinerait voire interromprait les chantiers de grande ampleur, en particulier lorsqu’ils sont initiés dans les territoires.

À cette heure, je pense que nous avons collectivement intérêt à retrouver une forme de sérénité dans l’attente du verdict de la cour. Une fois celui-ci connu, viendra alors le temps d’envisager une stratégie de sortie de crise.

Dans cette lettre ouverte, ne voyez pas en moi un opposant au projet, mais seulement un élu soucieux du respect de la démocratie et de la ruralité dans son ensemble. Or, dans le dossier de Beynac, quelle que soit la décision de justice, j’ai le sentiment qu’il n’y aura désormais aucun vainqueur, mais si nous continuons à envenimer la situation et à diviser, alors il est certain que nous serons tous perdants.

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