Nous avons visité, début février, l’établissement pour hébergement des personnes âgées dépendantes et l’unité de soins longue durée, qui jouxtent et complètent le centre hospitalier de Périgueux.

Notre visite faisait suite à la rencontre de la famille d’une résidente, placée dans Les Félibres, une des unités du Pôle Ehpad-USLD du centre hospitalier de Périgueux, dédiée aux personnes souffrant de troubles cognitifs, de type Alzheimer. Cette famille nous avait interpellé concernant le manque de moyens et l’insuffisance des effectifs pour s’occuper correctement de personnes très dépendantes.

Muriel Poumeroulie, directrice de l’Ehpad, et le docteur Frédéric Woné, médecin coordonnateur – chef de pôle Ehpad-USLD nous ont reçu début février et présenté le site dans son ensemble. Au cours de la visite des trois pavillons du site, nous avons pu échanger également avec le chef de pôle, un cadre administratif, des infirmières et des aides-soignantes et un résident du pavillon des Cèdres.

Le pôle Ehpad-USLD propose 547 lits d’hébergement pour personnes âgées et dépendantes. Ils sont en permanence occupés et il y a même une liste d’attente pour des personnes en demande d’hébergement au sein du pôle. Les résidents sont logés dans les différents pavillons selon leurs besoins spécifiques et notamment selon le GIR établissant le niveau d’autonomie de la personne.

 

 

Rencontre avec les responsables du pôle et présentation du site par Frédéric Woné, médecin coordonateur. 

 

Les résidents témoignent de réelles difficultés liées à un manque d’effectif. 

 

Le pavillon Les Félibres, qui peut accueillir 192 résidents, a été inauguré le 6 juillet 2012. C’est le seul bâtiment à être neuf et fonctionnel. Néanmoins, y compris dans cette unité dédiée aux personnes très dépendantes, des problèmes de présence des soignants se posent, ce que la direction ne nie pas.

Aujourd’hui, le ratio de 1 soignant pour 12 patients n’est pas satisfaisant. L’idéal, selon le personnel d’encadrement, serait d’atteindre 1 soignant pour 8 patients ou même, pour les cas les plus lourds, 1 pour 6. Impossible à financer, selon la direction, sauf à augmenter les tarifs car les dotations de l’ARS et du Département ne sauraient compenser. Inenvisageable sachant que « les recettes de l’établissement sont bien en-deçà des coûts de fonctionnement ».

 

Des indicateurs positifs malgré les difficultés

Malgré ces difficultés, la direction estime qu’elle fait le nécessaire pour obtenir des résultats satisfaisants. Ainsi, les jours d’hospitalisation de ses patients ont baissé de 44 % sur 5 ans (3 000 journées d’hospitalisation en 2012, contre 1 668 en 2017). Mais cela concourt à la surcharge de travail des soignants (moins de lits vides). D’autres critères entrent en ligne de compte : la formation des soignants, les animations au sein de l’établissement (qui vont de pair avec la difficulté grandissante de faire financer des intervenants pour cette animation…) D’autres indicateurs sont positifs, montrant l’effort du personnel soignant malgré le manque de moyens : le taux d’escarres très bas, bonne traçabilité dans la prise de médicaments, le suivi des patients pour les soins bucco-dentaires. Adossé au centre hospitalier, l’Ehpad est soutenu dans ses démarches administratives, en matière de RH…

L’Ehpad a des projets : il a ouvert une cuisine thérapeutique, il travaille sur des approches non-médicamenteuses, il veut créer un Ehpad ressources… Il n’empêche que le manque de moyens humains, financiers…  soumet le personnel, selon les propos des infirmières auxquelles nous avons pu parler, « à des tâches répétitives, trop rapidement exécutées, pouvant expliquer l’absentéisme lié à des pathologies de stress, des douleurs lombaires…» Des propos confirmés par un résident, qui bien que vivant à l’Ehpad, accompagne son épouse placée dans le pavillon Les Félibres, en gande dépendance. Il tient à souligner le niveau d’engagement du personnel soignant dans cette unité. « Elles font ce qu’elles peuvent, dit-il, mais elles ne sont pas assez nombreuses pour le faire.» A plusieurs reprises, l’Ehpad a demandé au Département à bénéficier de l’APA d’urgence, sans succès jusqu’à présent.

Enfin, pour répondre à des situations de dépendances de plus en plus lourdes (en lien avec l’augmentation de l’espérance de vie…), l’Ehpad voudrait pouvoir augmenter les lits de l’unité de soins de longue durée (USLD). En effet, plus de 75 % des patients de l’Ehpad sont en Gir 1-2, le plus haut niveau de dépendance.

 

Les propositions du Gouvernement :

 

Plusieurs propositions ont été formulées par Mme Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, pour examiner de façon prioritaire la situation des Ehpad en difficulté.

  • Ainsi, l’Agence nationale d’appui à la performance viendra renforcer les agences régionales et les conseils départementaux pour restructurer et transformer l’offre des Ehpad.
  • La question de la qualité de vie au travail sera centrale dans la réponse apportée aux Ehpad « fragiles ».
  • Le ministère a engagé une profonde refonte du dispositif de promotion et de contrôle de la qualité dans les établissements médico-sociaux.L’intégration des missions de l’ANESM (l’agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux, créée en 2007 en France) à celles de la HAS, Haute autorité de santé, permettra une meilleure prise en charge de l’accompagnement des personnes âgées entre les secteurs sanitaire, social et médico-social et donc d’enrichir les travaux, de recommandations de bonnes pratiques professionnelles.
  • Est prévu également de renforcer le dispositif d’évaluation interne et externe des Ehpad.

En outre, la ministre souhaite que la Haute autorité de santé lui fasse des propositions, dès cet été, afin de lancer des enquêtes de satisfaction dans les EHPAD comme c’est le cas dans les hôpitaux. Les résultats seront rendus publics. L’Etat s’engage en faveur de plus de transparence envers le personnel, les résidents et leur famille.

Pour atteindre ses objectifs, l’Etat augmentera le volume des crédits alloués aux soins de 400 M €. Par ailleurs, il nommera un médiateur afin d’expertiser les appréciations divergentes entre services ministériels et fédérations d’établissement sur les conditions de déploiement et les conséquences budgétaires de la réforme de financement des Ehpad. Le médiateur examinera la situation effective rencontrée dans quelques départements. A partir des conclusions du médiateur, la ministre des Solidarités et de la Santé se garde la possibilité d’arbitrer sur la base de toutes les mesures qui pourront s’inscrire – après débat et avec l’ensemble des parties – dans le sens d’une amélioration de la lisibilité et la simplification de la réforme.

 

Des efforts supplémentaires pour les Ehpad en difficulté

 

En parallèle, aux Agences régionales de santé, en lien avec les conseils départementaux, d’examiner de façon prioritaire la situation des Ehpad repérés comme étant en difficulté, en vue notamment de leur apporter un soutien financier exceptionnel. Il est important de rappeler que les effets de la réforme de la tarification dépendent aussi de la manière dont les départements appliquent le texte et financent les Ehpad, via l’APA.

Il n’en reste pas moins que la question des Ehpad en difficulté, l’une des priorités du gouvernement, n’est pas nouveau et qu’il a été anticipé.  En effet, la réforme de la tarification des Ehpad initiée en 2017 est une réforme juste et l’Etat l’accompagnera en augmentant le volume des crédits alloués aux soins de 400M€.

Les mesures du PLFSS (Projet de loi de financement de la Sécurité sociale) 2018, votées en décembre dernier, sont en cohérence :

  • 72 millions d’euros supplémentaires pour recruter du personnel cette année et améliorer la prise en charge ;
  • 10 millions d’euros pour renforcer la présence des infirmiers de nuit ;
  • 28 millions d’euros supplémentaires pour accompagner les Ehpad en difficulté financière : cette enveloppe sera en pratique fléchée sur les établissements publics ;
  • déblocage de 50 millions d’euros de crédits supplémentaires à la main des Agences régionales de santé pour appuyer ponctuellement les Ehpad

Au total, ce sont 160 millions d’euros en plus qui ont été débloqués pour mener des actions ciblées dans les Ehpad en difficulté. Dès 2019, la ministre des Solidarités et de la Santé souhaite travailler à la construction d’un « bonus prévention » qui pourrait être alloué aux Ehpad dont les professionnels réalisent des actions de prévention de la perte d’autonomie et de l’aggravation de l’état de santé auprès des résidents. L’enjeu est de taille, il s’agit d’accompagner les efforts de transformation des Ehpad, d’améliorer la qualité de vie au travail et enfin de renforcer les dispositifs de promotion et de contrôle de la qualité et de la bientraitance.

C’est au prix d’un modèle d’organisation pérenne que sera assurée une offre de qualité sur l’ensemble du territoire et adaptée aux besoins des personnes.

En conclusion, on peut ajouter que les Ehpad, s’ils restent l’une des réponses aux défis de la prise en charge du grand âge, ne sont pas la seule. Le ministère va ouvrir le chantier de nouvelles formes de réponse à la prise en charge de la dépendance de la personne âgée et de sa prévention.

 

Visite des différents pavillons : Les infirmières expliquent les difficultés qu’elles rencontrent au quotidien et les moyens qu’elles mettent en place pour effectuer leur travail au mieux.

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